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Éric Zemmour en visite à Marseille : la presse quotidienne regarde le doigt et ignore le ciel

Durant la dernière fin de semaine de novembre 2021, Éric Zemmour est allé à la rencontre des Marseillais. Les médias de grand chemin ont pour l’occasion suivi le possible candidat à l’élection présidentielle. Mais selon leur ligne éditoriale, la couverture de cet événement a été très différente. Ce qui amène à se demander si les journalistes des différents titres ont bien été témoins du même déplacement de l’ancien journaliste de CNews.
Le bulletin météo du Parisien
Le Parisien, le très macronien jour­nal de Bernard Arnault, avait à l’occasion du déplace­ment d’Éric Zem­mour à Mar­seille dépêché sur place un envoyé spé­cial. Voilà qui augu­rait une cou­ver­ture jour­nal­is­tique au plus près des évène­ments. Mais dès le titre de l’article paru le 28 novem­bre, le ton était don­né : « Éric Zem­mour à Mar­seille : l’accueil glacial de la cité phocéenne ». En fait de cou­ver­ture, le jour­nal­iste, Quentin Lau­rent, n’a vis­i­ble­ment cher­ché à présen­ter que les élé­ments appuyant sa vision de l’événement : chaque étape de la vis­ite d’Éric Zem­mour aurait été une déconvenue.
Sa vis­ite dans les rues de Mar­seille ? « il file plus qu’il ne déam­bule dans des allées désertes ».
Son déplace­ment à Notre-Dame-de-la-Garde, ? Elle est « vide de ren­con­tres ».
L’article, qui ne peut pas pass­er sous silence les man­i­fes­ta­tions hos­tiles de mil­i­tants d’extrême gauche, se ter­mine par une allu­sion à la vie privée du can­di­dat. On apprend qu’il esquive de répon­dre à la ques­tion sur « les con­séquences poli­tiques de la révéla­tion faite par le mag­a­zine Clos­er de la grossesse sup­posée de sa proche con­seil­lère, Sarah Knafo ».
Les quartiers de Mar­seille comme au bled, la délin­quance endémique, les cités de non droit gan­grénées par la drogue, l’immigration qui ne cesse d’augmenter ? tous ces élé­ments de con­texte ont échap­pé à l’envoyé spé­cial bien peu téméraire du Parisien, qui n’aura cher­ché qu’à appuy­er là où ça fait mal…
La presse quotidienne comme un banc de poissons
Comme un banc de pois­sons, d’autres médias de grand chemin ont mul­ti­plié les arti­cles cou­vrant néga­tive­ment le déplace­ment d’Éric Zem­mour à Marseille :
« Vis­ite chahutée, doigt d’honneur, la cam­pagne de Zem­mour en pleine tour­mente » pour le Cour­ri­er Picard et Chal­lenge, dans des arti­cles écrits par l’AFP.
L’occasion était trop belle pour que Libéra­tion ne manque pas de soulign­er : « Le déplace­ment calami­teux de Zem­mour à Mar­seille se ter­mine par un échange de doigts d’honneur ».
Le quo­ti­di­en l’Indépendant a assisté à « une vis­ite à Mar­seille à deux “doigts” de mal tourn­er ».
Pour parachev­er le tout, le JDD souligne que des sym­pa­thisants d’Éric Zem­mour s’éloigneraient du pos­si­ble can­di­dat à la prési­den­tielle : « Pourquoi ils s’éloignent de Zem­mour ». On aura à ce stade com­pris qu’il est impor­tant de hurler avec les loups, alors qu’il y a quelques jours encore, ces médias par­laient du « phénomène Zemmour ».
Le Figaro a constaté qu’Éric Zemmour a été pisté par des militants d’extrême gauche
Bien que le jour­nal Le Figaro ait écrit un arti­cle sur le pre­mier jour du déplace­ment d’Éric Zem­mour à par­tir d’une dépêche de l’AFP, la cou­ver­ture qu’il en fait est bien dif­férente des autres titres de la presse quotidienne.
Certes, on n’échappe pas à l’habituel reg­istre séman­tique dis­qual­i­fi­ant : Éric Zem­mour serait un « polémiste ». Mais l’on apprend que l’essayiste a dû chang­er son itinéraire de vis­ite à Mar­seille en rai­son de nom­breuses man­i­fes­ta­tions qui y étaient organ­isées. Son entourage accuse d’ailleurs «des médias» d’avoir trans­mis son pro­gramme à des « organ­i­sa­tions en relayant les appels à la vio­lence con­tre Éric Zem­mour ».
Le quo­ti­di­en fait la longue liste des man­i­fes­ta­tions des­tinées à empêch­er le jour­nal­iste de s’exprimer : à la gare de Mar­seille, dès son arrivée (qui a finale­ment eu lieu à Aix-en-Provence), dans le quarti­er du Panier, où une élue munic­i­pale lui assure au sujet des man­i­fes­tants : « Ce n’est pas des Mar­seil­lais, c’est des mil­i­tants », près de la Canebière, le soir du 26 novem­bre, où des man­i­fes­tants ont tiré « des fusées d’ar­ti­fice ». Le même jour, on apprend que le restau­rant où a diné Éric Zem­mour a fait l’objet de « dégra­da­tions ».
Pour com­pléter la cou­ver­ture de la vis­ite du jour­nal­iste à Mar­seille, un autre arti­cle du Figaro souligne que « La vis­ite chahutée de Zem­mour à Mar­seille se ter­mine par un échange de doigts d’hon­neur ». De nou­veau, un élé­ment de con­texte majeur est don­née : « des man­i­fes­ta­tions d’an­tifas dans les rues de Mar­seille avaient déjà gêné la déam­bu­la­tion du polémiste ».
La liberté d’expression en question
Les médias de grand chemin ont donc, à l’exception notable du Figaro, pris le par­ti de traiter le déplace­ment d’Éric Zem­mour à Mar­seille sous l’angle exclusif de ses déplace­ments con­trar­iés . Un autre angle aurait pu être celui de l’intolérance de grou­pus­cules qui s’emploient à faire taire toute opin­ion qui leur déplait. Mais il n’a pas été retenu.
Il y avait pour­tant de la matière :

Les nom­breuses man­i­fes­ta­tions, par­fois vio­lentes, dans Mar­seille, pour empêch­er qu’Éric Zem­mour puisse vis­iter la ville nor­male­ment et ren­con­tr­er ses habitants.
La man­i­fes­ta­tion d’intimidation d’antifas en gare de Mar­seille à l’occasion de son départ. Onestrien souligne sur Twit­ter que c’est « Une belle image de la France actuelle, ou des #fas­cis­tesvertetrouge, nom­més #Antifas, veu­lent dicter leurs lois… ».
Le restau­rant où Éric Zem­mour a diné van­dal­isé : il faut aller chercher les pho­tos des exac­tions sur les réseaux soci­aux pour en mesur­er l’ampleur.
Le cour­ri­er d’intimidation et de men­aces qu’a reçu Quentin, un jeune mil­i­tant pro-Zem­mour, comme celui-ci le relate sur Twit­ter le 27 novem­bre en com­men­tant : « Voilà le prix à pay­er quand on est de droite et patri­ote aujourd’hui en France. J’ai évidem­ment porté plainte. Ces petites racailles néo soix­ante-huitardes en manque de sen­sa­tions et aux méth­odes plus que com­pro­met­tantes ne nous fer­ont pas taire. »
Dernier exem­ple en date : la volon­té de cer­taines organ­i­sa­tions d’extrême gauche de faire taire pure­ment et sim­ple­ment Éric Zem­mour lors d’une man­i­fes­ta­tion organ­isée à Paris le 5 décem­bre: Le mot d’ordre est explicite : « Paris fera taire Zem­mour ».

Bien qu’Éric Zem­mour ren­con­tre une audi­ence cer­taine auprès d’une par­tie de l’opinion publique, les élé­ments accrédi­tant une volon­té man­i­feste de le faire taire s’accumulent. Mais ces atteintes à la lib­erté d’expression n’ont pas l’heur de retenir l’attention de nos émi­nents jour­nal­istes. On aura bien com­pris qu’en fait de cou­ver­ture jour­nal­is­tique de la cam­pagne d’Éric Zem­mour, nous n’aurons droit qu’aux réquisi­toires à charge de petits procureurs.

Written by Observatoire du Journalisme

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