Le déconfinement lève le masque sur la crise économique qui progresse.

Le déconfinement lève le masque sur la crise économique qui progresse.

Après avoir été placés en coma artificiel durant deux longs mois, le pays et son économie se réveillent progressivement. Si la majorité d’entre nous, espèrent au fond, revivre comme avant, beaucoup savent que la mise en standby  que vient de vivre la nation aura inévitablement des conséquences sur l’ avenir des Français à moyen et long terme. D’ailleurs, ces conséquences commencent à pointer le bout de leur nez… Qu’ils s’appellent Alinéa, Conforama, la FNAC ou encore le constructeur Renault, ils sont déjà plusieurs à avoir annoncé dépôt de bilan ou restructuration. Devant ce choc économique qui ne fait que débuter, nous vous proposons un aperçu de la situation actuelle.

Une lente et dure reconnexion à la réalité

C’était la semaine dernière, le 11 mai plus exactement. Les 3/4 des français (nous pensons bien entendu à nos concitoyens du Nord-Est pour qui, c’est encore compliqué), pouvaient à nouveau sortir de chez eux sans avoir à rédiger une autorisation de sortie pour eux-mêmes. Sur ce point, l’exécutif au pouvoir est pratiquement un des seuls pays Européens à avoir préféré infantiliser les Français plutôt que de les responsabiliser. Bref passons sur ce point…

Il faut avouer que ce lâcher du pouvoir tant attendu par la population, ne s’est pas fait dans la joie et la bonne humeur. Il faut dire aussi que nous étions encore sonné et que le temps maussade ne nous y a pas aidé. Mais qu’importe, il fallait absolument sortir de nos cages pour aérer nos esprits et surtout parce qu’il devenait plus que nécessaire de redémarrer le moteur économique de la maison France. Ces 10 premiers jours de déconfinement fûrent donc une période de réadaptation, disons le franchement. Mais il n’aura pas fallu beaucoup plus de temps, pour entendre ici et là, les premiers effets dévastateurs du confinement.

Les chiffres sont là et ils sont incisifs : Dans un article paru la semaine dernière dans les Échos François Villeroy de Galhau le gouverneur de la Banque de France, évalue le taux d’utilisation de capacité de production de l’industrie à seulement 46 % sur le mois d’Avril 2020. Ce qui est évidement très très faible. Il estime le taux de reprise de l’économie française à environ 83 % à la fin du mois de mai 2020.

Dans une récente étude de Goldman Sachs, des économistes prédisent qu’ après une chute du PIB de l’ordre de 15 % sur le second trimestre par rapport au premier, le troisième trimestre devrait connaître un rebond progressif de 7 %, soit une baisse annuelle de la production de la richesse nationale d’environ 13 % en comparaison à 2019.

Graphiques paru dans un article des échos le 12 mai 2020

Les entreprises estimées non viables risquent d'être sacrifiées

Pour faire face aux difficultés économiques, l’état a mis en place des mesures exceptionnelles tel que le chômage partiel mais aussi le prêt garanti par l’état pour soutenir les entreprises. Ce prêt bancaire, soumis au bon vouloir des banques, permet qu’aucun remboursement ne soit exigé la première année et donne aux entreprises bénéficiaires le choix de pouvoir amortir le prêt sur une durée maximale de cinq ans.

Cependant le montant prévisionnel pour lequel l’état s’engage à se porter caution est de 300 milliards d’Euros. Il y a en France, prés de 4 millions de PME qui représentent 99,9 % des entreprises immatriculées, soit presque 50 % de l’emploi salarié temps plein et produisent environ 43 % de la valeur ajoutée, c’est à dire plus de 450 Milliards du PIB.

Pour le reste, c’est environ 3 000 entreprises dont 240 très grandes entreprises qui représentent plus de la moité de la valeurs ajoutée. C’est donc à elles qu’une grande partie de cette mesure sera accordée. Par exemple Renault a obtenu 5 milliards de prêt garanti, AirBus 4 milliards , le groupe kingfischer 600 Mds, Darty 500 Millions…

Tableau CA par catégories d'entreprises

A la mi mai, plus de 500 000 demandes de Prêts garantis par l’état ont déjà été accordés pour un montant total de 100 Mds d’Euros soit déjà un tiers de enveloppe prévue de 300 Mds.

Concrètement cela veut dire qu’il reste 200 Milliards finançables pour aider les quelques 4 millions d’entreprises qui pourraient être potentiellement en difficulté. En moyenne cela représente seulement 50 000 euros par entreprise et pour couvrir 2 mois de perte de chiffre d’affaire…

Autant dire, qu’il n’y en aura pas assez pour sauver tout le monde. Et les premières qui en feront les frais sont les entreprises les plus fragiles comme l’a précisé la Banque de France par la voie de François Villeroy de Galhau :

« il va falloir passer d’un effort en trésorerie, qui était général, à un accompagnement en fonds propres, en capital, qui visera les entreprises qui en ont besoin. Ce n’est pas la peine de mettre des fonds propres publics dans des entreprises qui n’en ont pas besoin, mais aussi dans des entreprises qui ne seraient pas viables : sinon, cet argent ne servirait à rien »

En clair, l’Etat et les banques vont être très sélectifs dans leurs choix et décisions d’accompagnement de telle ou telle entreprise. Cette sélection a déjà commencé depuis plusieurs semaines et beaucoup de chefs d’Entreprises dénoncent des abus. Les Saisines de la Médiation du crédit auprès de la Banque de France explosent. Prés de 200 entreprises éligibles au PGE (Prêt Garanti par l’Etat) déposent chaque jour un dossier de réclamation à la BDF au cours de ces deux derniers mois.

saisine mediation credit-4-15mai (source Banque de France)
saisine mediation credit-4-15mai effectifs moyens des entreprises (source Banque de France)
saisine mediation credit-4-15mai-montants des crédits demandés (source Banque de France)
saisine mediation credit-4-15mai-répartition régionale des dossiers (source Banque de France)

Malgré le déconfinement les demandes d’autorisation préalable d’activité partielle continuent de progresser et les offres d'emploi stagnent

Depuis le 11 mai et alors que le gouvernement s’apprête à entamer une décrue de l’aide à l’activité partielle dés le début du mois de juin, ce n’est pas moins de 34 000 demandes d’autorisations à l’activité partielle supplémentaires qui ont été faites depuis de déconfinement. Depuis le début de la crise, la Dares indique dans son dernier point de situation que ce sont en moyenne 430 heures chômées demandées en moyenne par salarié, soit plus de 12 semaines à 35 heures hebdomadaires.

Du côté de opportunités et des offres d’emploi, la Dares le dit clairement : il n’y aurait donc pas d’impact significatif du déconfinement à ce stade. En effet, toujours selon la Dares le nombre d’offres d’emploi en ligne publiées du 11 au 17 mai se situe à 73 % du niveau pré-confinement.

Infographie de la Dares

Le télétravail nouvel antidote pour l'entreprise ?

Le télétravail deviendra t’il la norme ? Précipité par la crise sanitaire, ce qui était presque impensable hier, devient possible aujourd’hui. Cette organisation du travail parfois appliqué par quelques entreprises il n’y a encore pas si longtemps, a été mise en pratique par 90 % des entreprises en moins de deux mois. D’après plusieurs acteurs économiques ce mode travail ne va plus devenir exceptionnel mais la norme pour les cadres notamment. Plusieurs grandes entreprises comme facebook, twitter ou bien Google pour ne citer qu’eux, ont annoncé mettre en pratique le télétravail de façon durable. Désormais fini les réunions chronophages, terminé les heures perdues quotidiennement dans les transports… Au delà d’un impact environnemental bénéfique et d’avantage de flexibilité pour le salarié, le télétravail permet aussi de réduire les charges fixes et les coûts de fonctionnement pour l’entreprise.

Dans un sondage exclusif d’opinionway pour les échos, on voit que 40 % des salariés interrogés souhaitent poursuivre le télétravail.

Toutefois un cadre doit être établi afin de permettre au salarié et à son employeur de fixer une limite entre travail et vie privée. Un point qui doit être également mis en lumière est la participation de l’employeur à l’équipement et à l’espace de travail du salarié à domicile. Selon une étude de SFAM réalisée en Mars 2020, seuls 24 % des Français sont équipés par leur entreprise d’un smartphone et d’un ordinateur pour télétravailler. 

En conclusion, si ce nouveau mode de travail présente de nombreux avantages pour le salarié et le patron, il ne manque pas moins d’inconvénients. Le sentiment de pression constante s’est ressenti chez de nombreux salariés durant le confinement. Tout comme l’absence des contacts humains avec les collègues qui parfois peuvent remotiver un moral en berne. Il y a donc des solutions à trouver de ce côté là. Mais avec ce que nous venons de vivre, nul doute que nous ne trouvions rapidement des solutions…

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Alexandre LARREY

Curieux et passionné par les questions de géopolitique...

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