in

Le crash de l’industrie aéronautique française

Il aura fallu à peine 6 mois pour effacer dix années d’essor de l’aéronautique, autrefois secteur leader des créations d’emplois et violemment envoyé au tapis aujourd’hui.

Après la crise des subprimes, en 2009, les constructeurs de l’aéronautique comme Airbus, Safran ou Dassault avaient multiplié les embauches avec un solde net, avant la mi-mars 2020, de 11 783 créations d’emplois. Tombée du ciel, la pandémie littéralement renverser le score. A la fin du mois de septembre, selon les chiffres relevés par l’observatoire Trendeo de l’emploi et de l’investissement publiées lundi 5 octobre dernier, le secteur a enregistré une perte nette de 11 950 emplois. Si on ajoute les sous-traitants, on parvient même au chiffre de 13 354 postes supprimés.

“ Le semestre Covid a effacé la totalité des gains en emplois ” de la dernière décennie, déplore David Cousquer, créateur et gérant de Trendeo. Plus regrettable encore, d’après l’analyse dressée par l’observatoire, “ l’aéronautique est le secteur le plus touché avec le transport aérien, car l’impact du Covid-19 sur le trafic est annoncé partout comme devant durer au-delà de 2021 ”.

Il faut reconnaître que les conséquences de la crise ont été aussi violentes que soudaines. Au 1er trimestre, selon les données de l’Insee, la France a vu disparaître 492 000 emplois. Plus concrètement, cette foudre de suppressions de postes et de licenciements a frappé en moins de quinze jours. C’est à dire de suite après l’entrée en vigueur du confinement, le 17 mars 2020. Premières victimes, les intérimaires qui représentent à eux seuls, selon les statistiques de l’Insee, 63 % des suppressions de postes.

Frontières closes, aéroports déserts, avions cloués au sol, les effets de la crise sanitaire ont laminé les constructeurs d’avions et le transport aérien. Air France, avec 7 712 suppressions d’emplois annoncées, et Airbus, avec 5 797, sont les entreprises où l’on compte la plus grande partie de réductions d’effectifs déclarées depuis le confinement.

Dans l’aéronautique, la pandémie a frappé aussi vite et aussi fort les gros donneurs d’ordre comme Airbus et Safran, que la grappe de petits sous-traitants. “ Cela a été instantané. La chute a démarré dès le mois de mars. Nous avons perdu 30 % de notre chiffre d’affaires ”, raconte Frédéric Bourgon, patron d’ADB, une petite société tarbaise de quarante salariés spécialisée dans le décolletage, le tournage et l’usinage de pièces de moteurs d’avion. Pour s’adapter, la direction d’ADB a taillé dans sa main-d’œuvre. Mais sans licencier. « Nous avons mis nos salariés en activité partielle depuis mars et nous avons arrêté les contrats à durée déterminée et les intérimaires », regrette M. Bourgon.

Une réaction identique à celle de Safran, d’ailleurs un des clients d’ADB. Le motoriste, piloté par Philippe Petitcolin, a, en France métropolitaine, évité les licenciements secs grâce au chômage partiel auquel s’ajoute la signature d’un accord de performance collective (APC). “ Chez Safran, il n’y a aucun licenciement lié à la crise ”, se félicite M. Petitcolin. Par contre à l’étranger, la société a taillé dans le vif. Sur 95 000 avant la pandémie, 18 000 employés ont déjà cesser de travailler pour le groupe. “ Et cela continue ”, regrette le DG de Safran.

Un reprise de l’activité qui se fait désirée

Il faut dire que la relance tarde à arriver. “ Comme tout le monde, nous étions partis il y a six mois avec l’idée que le marché de l’aéronautique civile commencerait à repartir au troisième trimestre et serait très bien relancé au quatrième, relate M. Petitcolin.  Mais septembre n’est pas au rendez-vous et notre grande peur est que cela se poursuive [les prochains mois]. ” Et ce n’est malheureusement pas encore terminé…

Globalement, l’Europe et les Etats-Unis s’en sortent moins bien que certaines zones d’Asie dans leur gestion de la crise. “ En Europe, il n’y a rien d’homogène. Chacun fait son propre règlement ”, s’exclame le patron de Safran. Cette dissonance a des conséquences indiscutables sur l’activité des sociétés. “ Chez Safran, dit-il, nous sommes en dessous du niveau escompté au début de la crise. 

Des confusions dommageables car, ailleurs dans le monde et spécialement en Asie, la crise du covid serait en passe de devenir un mauvais souvenir.  La Chine est très bien repartie et même mieux qu’en 2019 en nombre de vols avec un taux de remplissage des avions de 60 % à 80 % ”, positive M. Petitcolin. Et la Chine ne serait pas une particularité : “ la Corée repart très bien, le Japon est bien et l’Inde est O.K. ”, note-t-il encore.

La crise de l’aéronautique a surtout des répercussions au niveau régional. A Toulouse, c’est tout un territoire qui gravite autour d’Airbus et vit au rythme du numéro un mondial de l’aéronautique. Ainsi la capitale occitane a vu 10 000 salariés du numérique, pointer au chômage.

Pour le moment, un plan de sauvegarde avec 5 000 suppressions de postes qui doit être conclu d’ici à la fin du mois d’octobre avant de prendre effet début novembre. Les organisations syndicales dénoncent un plan à deux vitesses qui laisserait de 1 000 à 1 500 salariés sous la menace de départs contraints car Airbus n’a pas exclu de recourir à des licenciements secs.

Avec que la France s’enlise dans la crise sanitaire, la recomposition du paysage aéronautique français est repoussée. “ Le temps de la consolidation viendra un peu plus tard ”, reconnaît Christian Cornille, président de Mecachrome. Effectivement, l’équipementier vient d’annoncer fin septembre, un plan de sauvegarde de l’emploi de 306 suppressions de postes sur 950 salariés en France…

(Source: Le Monde.)

What do you think?

Comments

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Loading…

0

Une étude officielle démontre un inquiétant changement de consommation de médicaments chez les français.

Décapitation d’un professeur : Un Tchétchène revendique l’attentat sur twitter