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Coronavirus : c’est en train de craquer en Alsace !

Si la région Grand Est n’a pas encore atteint le pic de l’épidémie, les hôpitaux sont déjà débordés. Le centre hospitalier de Mulhouse, par exemple, n’est plus en mesure d’accueillir les nouveaux malades du Covid-19. Il y a 1  076 cas déclarés au 18 mars dans les deux départements du Haut-Rhin et du Bas-Rhin, un véritable tsunami de malades qui menace de faire craquer les structures médicales.

À Mulhouse, les personnels soignants indiquent que 200 lits sont occupés par des personnes infectées par le coronavirus et cela résulte de la mise à l’arrêt de plusieurs autres services. Le mot d’ordre des médecins :
transférer le plus de patients possible vers d’autres hôpitaux !

L’armée en renfort

Mercredi [18 mars], un vol militaire a acheminé des patients alsaciens vers des hôpitaux de l’armée, tandis qu’un hôpital de campagne, (une structure provisoire dédiée à la réanimation et aux moyens de respiration artificielle) devrait être opérationnel la semaine prochaine. Est-ce suffisant ? Pas sûr, selon Khaldoun Kuteifan, patron de la réanimation à l’hôpital de Mulhouse. Il attribue la saturation au fait que les malades du Covid-19 ont besoin d’assistance respiratoire bien plus longtemps que la moyenne.

Les 70 lits de “réa” disponibles avant la crise à Mulhouse, et les 122 lits de Strasbourg se sont trouvés occupés et des unités de soins paralysées par l’afflux de patients, depuis le rassemblement évangélique fatal de l’église protestante La Porte ouverte chrétienne de Bourtzwiller, un quartier de Mulhouse, du 17 au 24 février.

Le scandale Bourtzwiller

Ce rassemblement religieux de Bourtzwiller, les experts le dissèquent aujourd’hui. Deux mille personnes. Une enceinte confinée, sorte d’église-bunker en béton. Une semaine entière de promiscuité consacrée au jeûne et à la prière. Une date d’ouverture, le 17 février, qui correspond avec le changement de ministre de la Santé, Olivier Véran, remplaçant Agnès Buzyn, candidate aux municipales à Paris.

Pas un mot de la ministre de l’époque sur le risque d’un tel rassemblement. Or on ne peut pas faire plus proliférateur que ce type de messe où les fidèles venus de la France entière, de Suisse et de l’étranger se serrent les mains et s’embrassent…

Député du Haut-Rhin et ancien maire d’Altkirch (au sud de Mulhouse) depuis 1997, Jean-Luc Reitzer (LR, droite) illustre ce qui n’a pas marché. Invité de La Porte ouverte chrétienne, le parlementaire y a multiplié les contacts, comme si le coronavirus n’existait pas. Contaminé, il a ensuite propagé le virus à l’Assemblée nationale avant de devoir être admis, à Mulhouse, en réanimation, où son état reste “stationnaire”.

Fautes à répétition ? “Lorsque le 12 mars Simon Cauchemez, épidémiologiste à l’Institut Pasteur, a pris la parole devant le conseil scientifique réuni par Emmanuel Macron pour annoncer une mortalité possible de 300 000 à 500 000 morts sans confinement, plusieurs médecins autour de la table étaient sceptiques”, se souvient un conseiller présidentiel. Or, à Mulhouse, le “plan blanc” (rappel du personnel soignant, ouverture de lits supplémentaires, report des opérations non urgentes) était déclenché le 7 mars. Cinq jours avant.

L’hôpital de Mulhouse est la digue qui peut craquer. Mais, derrière, les médecins de ville alsaciens sont aussi au bord de la rupture. Dès le 2 mars, le docteur Claude Bronner, président de la Fédération des médecins de France Grand Est, alerte sur le manque de masques de protection. “On est obligé de bricoler, on n’est pas équipé, on comptait sur la Chine, on a vu ce que cela a donné…” explique-t-il à France Info, affirmant que certains de ses confrères utilisent des masques périmés, datant de… 2009.

La téléconsultation, qui aurait permis de désengorger les hôpitaux, est elle aussi laissée de côté malgré ses appels. Les erreurs d’appréciation s’enchaînent. En novembre 2019, les soignants des hôpitaux de Strasbourg et de Mulhouse avaient manifesté et fait grève pour dénoncer la “maltraitance institutionnelle” de l’État, accusé de se désengager de l’hôpital public. Au cœur, déjà, de leurs revendications ? Le délabrement des services d’urgence, dont la réanimation.

Comment (si nécessaire), sera décidé le tri des patients admis en réanimation ?

En résumé, là-bas, comme partout ailleurs, les places en réanimation sont limitées, comme le nombre de respirateurs. Et si ces derniers venaient à manquer à cause de l’afflux massifs de malades, un tri entre eux devra être réalisé. Sur quels critères :

Le choix entre les patients sera aiguillé par leurs chances de se rétablir. Cela dépend notamment de l’état antérieur du malade et de son état clinique, « Il faut que la réanimation soit utile au patient, qu’elle lui apporte un réel bénéfice. Cela n’a pas beaucoup de sens de lui apporter des soins si l’on sait que son état est trop sévère pour faire de la réanimation », expliquait un cadre du personnel soignant de l’hôpital de Mulhouse.

La priorisation des malades est, en réalité, déjà pratiquée de façon habituelle. « En temps normal, (…) les urgentistes et les réanimateurs ont l’habitude de trier les patients, non seulement pour déterminer une liste d’attente pour la prise en charge, mais aussi pour interroger au regard du pronostic l’indication thérapeutique de la réanimation », écrit dans une tribune publiée sur le site du Monde Frédérique Leichter-Flack, maîtresse de conférences à l’université Paris-Nanterre et membre du comité d’éthique du CNRS. « En temps normal, ces pratiques de tri, de priorisation, d’arbitrages thérapeutiques restent dans le huis clos du colloque médical, poursuit l’autrice du livre Qui vivra qui mourra. Quand on ne peut pas sauver tout le monde (éd. Albin Michel, 2015). Mais ce tri devient plus visible et plus « spectaculaire » en raison de la pandémie, juge-t-elle.

Interrogé sur ces questions mercredi 18 mars dans l’émission « Quotidien », le ministre de la Santé Olivier Veran s’est refusé à parler de « tri ». Mais si des choix difficiles doivent être pris, le ministre a demandé l’instauration d’une « cellule ethique » dans chaque établissement pour « guider le choix des médecins ». Elles sera composée « de médecins, de philosophes, de sociologues ». 

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Written by Alexandre LARREY

Curieux et passionné par les questions de géopolitique...

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