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Une étude officielle démontre un inquiétant changement de consommation de médicaments chez les français.

Le vendredi 9 octobre, le groupement d’intérêt scientifique Epi-Phare, mise en place par la Caisse nationale d’assurance-maladie et l’Agence nationale de sécurité du médicament, a publié un rapport. Ce dernier souligne que durant les moments de confinement et de postconfinement, les français ont de façon significative modifié leur consommation de médicaments. Les inquiétudes grandissent dans les organismes de santé publique…

Les résultats de l’étude portent sur les médicaments remboursés, délivrés sur ordonnance en pharmacie, lors des huit semaines du confinement, soit du 16 mars au 10 mai, puis jusqu’au 13 septembre 2020, c’est-à-dire un suivi de six mois de l’ensemble de la population française à partir de 3 milliards de prescriptions. Au total, ce sont 58 classes thérapeutiques qui ont été examinées.

Globalement, la plupart des médicaments dont l’administration nécessite le recours à une ordonnance ont baissé, significativement durant le confinement, puis moins par la suite. Ainsi, les conséquences font craindre des retards de prises en charge. En revanche, certaines molécules ont augmenté. Et plus particulièrement, les anxiolytiques tels que Xanax, Lexomil, Valium… qui ont largement été consommé (plus d’un million de traitements délivrés en six mois par rapport à d’habitude), tout comme les somnifères, dont 480 000 traitements supplémentaires ont été délivrés. “ L’augmentation, d’environ 5 %, reste toutefois modérée pour les anxiolytiques ”, relativise le directeur d’Epi-Phare, qui indique cependant que “ la France reste très consommatrice des benzodiazépines, pour traiter l’anxiété, des troubles sévères du sommeil… Avec des prescriptions bien trop élevées chez les personnes âgées ”.

Risque de problèmes financiers, inquiétudes pour soi et ses proches, confinement, isolement des personnes âgées, décès,(…) le recours massif à ces classes de molécules “ reflète probablement l’impact psychologique important de l’épidémie de Covid-19 et de ses conséquences sociales, professionnelles et économiques ”, souligne les auteurs de l’étude.

Toutefois, les antidépresseurs n’ont que très peu progressé, mais “ Les chiffres peuvent ne pas refléter exactement la réalité, des personnes ne sont peut-être pas traitées, bien qu’elles en aient besoin , prévient Epi-Phare. “ Inévitablement, les besoins de prise en charge en santé mentale vont augmenter dans les semaines et mois à venir et la France n’est pas armée pour y faire face ”, a de son côté observé le professeur Marion Leboyer, directrice de la fondation FondaMental, psychiatre à l’hôpital Henri-Mondor de Créteil (94).

Évidemment, l’accès au traitement pour les malades connus et déjà traités pour les pathologies chroniques semble avoir été maintenu de façon générale, grâce à un stockage des produits en début de confinement et à un renouvellement des médicaments – possible à l’aide d’ordonnances périmées et au recours aux télé-consultations, particulièrement pour le diabète ou les défaillances cardio-vasculaires. Car, selon ces données, les actes de médecine générale ont baissé d’environ 40 % et de 70 % en médecine spécialisé durant le confinement.

Malgré tout, ces données démontrent un nombre de débuts de traitements chroniques en forte baisse par rapport aux années précédentes, sur une échelle de six mois de la mi-mars à la mi-septembre, et cela pour les statines (anticholestérols, − 10 %), le furosémide (diurétique) prescrit dans l’insuffisance cardiaque ou rénale (− 12 %), les anticoagulants (− 18 %), probablement à cause du report de nombreuses interventions chirurgicales nécessitant ce type de traitement. Par contre, “ la baisse de l’instauration de l’insuline ( 2 %) et des antihypertenseurs en général (− 4 %) par rapport à l’année précédente était faible ”, note le rapport de l’étude.

En même temps, plusieurs groupes thérapeutiques usuels ont très largement diminué : les corticothérapies orales (utilisées dans de nombreuses affections aiguës ou chroniques), avec 3,6 millions de traitements de moins délivrés, les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) avec 7,2 millions de délivrances en moins, les antiulcéreux de type inhibiteurs de la pompe à protons (IPP), utilisés pour soigner le reflux gastro-œsophagien chez les enfants, en association aux AINS pour protéger l’estomac, avec 2,8 millions de délivrances en moins. “ La consommation des IPP reste toutefois très élevée en France, avec près d’un Français sur quatre qui y a recours, soit environ 18 millions de prescriptions, loin d’être toutes nécessaires ”.

Attention, tempère le scientifique, “ chaque chiffre ou tendance est à manier avec précaution. Il s’agit là d’une photographie, qui soulève de nombreuses questions à moyen et long termes sur l’évolution des pathologies et le suivi des soins ”. Aussi, difficile de savoir, avec ces chiffres, si le patient a ou non commencé son traitement.

Un élément particulièrement préoccupant, concerne les produits pour les actes diagnostiques : “ L’effondrement des délivrances de produits pour des scanners, IRM et coloscopies, constitue une vraie rupture ”, observe le directeur d’Epi-Phare. Les résultats du rapport sont clairs : à la mi-septembre, une baisse d’environ 38 % est constatée pour les préparations pour coloscopie (− 250 000), un recul d’environ 42 % de produits iodés pour scanner (− 500 000), et de 36 % (− 280 000) pour les produits de contraste pour IRM. Un constat sur l’ensemble de l’hexagone. “ La chute de ces trois derniers actes indispensables pour diagnostiquer et suivre certains cancers ou maladies graves n’a, à ce stade, pas été compensée et n’est pas rattrapable, car cela nécessite une forte organisation des soins ”, insiste-t’il. 

En ce point, plusieurs experts alertent sur les retards de diagnostic et de prise en charge dans le domaine du cancer, faisant craindre des milliers de décès prochainement.

Concernant les vaccins, à la mi-septembre on observe un important retard pour les vaccins penta et hexavalents (diphtérie, tétanos, poliomyélite, coqueluche, méningite à Haemophilus influenzae de type B, hépatite B) pour nourrissons (− 40 000 doses), les vaccins anti-HPV (− 150 000 doses), le vaccin ROR (rougeole-oreillons-rubéole, − 130 000 doses), et le vaccin antitétanique (− 620 000 doses). La Haute Autorité de santé avait lancé un appel en juin 2020 pour rattraper la vaccination des nourrissons et “ des adultes qui ont des maladies chroniques, des fragilités particulières ”, peut-on lire dans le rapport.

Seule annonce positive, la légère baisse des antibiotiques, qui atteint même 75 % chez les enfants durant le confinement. Une baisse qui a persisté. “ Les interactions sociales ont baissé, même après le confinement, les agents infectieux, hors SARS-CoV-2, ont vraisemblablement moins circulé, en raison des fermetures des écoles, des crèches, des transports moins fréquentés, des gestes barrières ”, justifie Epi-Phare. À savoir qu’il y a eu 4,125 millions de moins de délivrances d’antibiotiques.

Reste maintenant à mesurer dans le temps, les réelles conséquences de ces changements de consommation, parfois importants, de médicaments, et surtout leurs incidences sur l’évolution des maladies chroniques.

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