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Doit-on s’attendre à une forte inflation des prix ces prochains mois ?

Dans son ensemble, avant la crise sanitaire, l’économie n’était pas de tendance inflationniste. La plupart des économies dans le monde traversaient une phase de faible augmentation des prix. Mais qu’en sera-il à l’avenir ? On a cherché pour vous le faire savoir…

Dans la zone euro par exemple, avec 1,6 % sur un an en décembre 2019, l’inflation était inférieure à l’objectif annuel de 2% que s’était fixé la Banque Centrale Européenne (BCE). Cependant, on voyait déjà un début de tensions sur le front des prix en Chine où la moyenne annuelle de l’Indice des prix à la Consommation (IPC) est passé de 1,71% en janvier 2019 à 4,41% en décembre 2019, puis à 4,53% sur les 4 premiers mois de 2020, malgré la forte baisse du coût de l’énergie et du brutal ralentissement de l’économie.  Aux USA, en janvier 2020, l’inflation a augmenté de 2,49% par rapport à janvier 2019 avec une accélération depuis juin. 

Il est important de préciser, que l’inflation n’est pas un simple épisode temporaire de hausse des prix. Mais un processus progressif de hausse du niveau général des prix, des biens et des services, mesuré par l’évolution de l’indice des prix à la consommation (IPC).

Dans le contexte actuel, faut-il donc s’attendre à une forte hausse de l’inflation ?

Probablement pas. En tous cas pas dans l’immédiat. Car l’offre se reconstitue et nous ne sommes pas donc une situation de pénurie. Toutefois, côté demande, il y a une forte contraction de la consommation des ménages qui se traduisent par de forts placements d’épargne. De plus, le ralentissement de cette demande risque de s’accentuer par l’inévitable hausse du chômage, avec des évolutions de rémunérations quasi-inexistantes, hormis le secteur public, et plus particulièrement la santé. 

En conséquence, au niveau microéconomique, nous allons certainement traverser une période déflationniste. Plus concrètement une baisse des prix. Mais cela ne devrait pas durer longtemps.

Mais alors, après la reprise, va-t'on vivre un puissant retour de l’inflation ?

Cela vaut en effet la peine de s’intéresser à ce scénario, en envisageant les conséquences d’un réveil de l’inflation. Car la création massive de monnaie et la très forte hausse des dépenses publiques provoquée par les plans de relance du gouvernement, pourraient à terme avoir un effet contraire à celui recherché. Les mesures monétaires et budgétaires de soutien à l’économie sont 8 fois plus importantes qu’en 2008, lors de la crise des subprimes. Elles sont donc d’une tout autre ampleur avec de plus, un impact très concentré dans le temps. Nous entrons donc dans une zone inconnue, alors trouble pour les prochaines années.

La différence avec les injections de monnaie effectuées lors de la crise de 2008, c’est qu’elles n’ont pas la même destination en comparaison de celles que nous sommes en train de procéder. Les injections de liquidités en 2008, étaient restées enclavées dans le système bancaire, sous la forme de réserves excédentaires sans pour autant affecter les agrégats monétaires qui servent à mesurer l’inflation. 

Dans la crise que nous entamons, c’est très différent. Les mesures prises correspondent à des volumes massifs de trésorerie vers les entreprises en difficulté et par un soutien direct du pouvoir d’achat aux ménages. Avec dans les deux cas un fort impact potentiel sur la demande de biens et de services. En revanche, les causes monétaires ne viendront qu’en appui des causes réelles évoquées ci-dessus dont elles amplifieront l’impact.

Si le processus inflationniste s’enclenche, il sera appelé à perdurer et à s’accélérer parce qu’il sera quasiment impossible aux autorités monétaires (BCE) de l’arrêter. Elles prétendront d’abord que ce n’est qu’un pic temporaire et ne feront rien. Puis on nous dira que cela permet de retrouver à moyen terme l’objectif de 2% initialement prévu et on ne fera rien. Ensuite, on ne fera toujours rien, car augmenter les taux d’intérêt provoquerait un krach obligataire et ferait replonger           l’ économie dans la récession, ce qui n’est pas envisageable. 

Alors, si le processus inflationniste se déclenche, seul le désendettement peut le stopper, car il redonnerait aux banques centrales des outils pour le contrer.

En attendant une probable inflation, quel va être la situation à court et moyen terme ?

Malheureusement, après avoir causé des pertes humaines, cette crise sanitaire fera de considérables dégâts sur le plan économique et donc social. Dans le monde du travail, les premiers à en subir les conséquences, seront tous ceux dont l’emploi est menacé.

Mais d’autres facteurs vont jouer en sens contraire. On peut envisager que la rémunération des actifs occupant des postes qui les mettent au contact direct du public devrait augmenter. Cela devrait être le cas pour le personnel de santé dont les salaires sont nettement inférieurs en France à ceux de leurs homologues européens. Les enseignants sont dans une situation similaire et sont aussi bien positionnés pour obtenir une revalorisation de leur rémunération. Par la suite, les augmentations de salaires pourraient se répandre plus largement par revendication de parité à l’ensemble des agents publics. Ce qui représente dans notre pays près du quart de la population active. Cette hypothèse, si elle se concrétise, serait alors un retour possible de l’inflation. 

Dans le monde d’après il est aussi très probable, voire certain, que toutes les activités liées à la numérisation, à l’intelligence artificielle, aux bio-technologies et autres secteurs de pointe seront fortement demandeuses de personnel qualifié et très qualifié. Mais le problème est qu’actuellement, ce niveau de qualification est plutôt rare sur le marché de l’emploi.

Ce scénario n’est toutefois pas garantit, car tout dépend de comment la demande et l’offre vont globalement se comporter sur le marché des biens. Plus concrètement, tout ceci dépend de la réaction des ménages : inquiets, vont-ils augmenter leur épargne par précaution ? Les entreprises, vont-elles chercher en priorité à se désendetter ? Et l’Etat quand va t’il décider de rééquilibrer ses comptes publics ?

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Actuellement, la Banque Centrale Européenne, pense que « domineront les effets modérateurs sur les prix d’une reprise de la demande plus lente que celle de l’offre ». Ce scénario paraît cependant très incertain, car l’équation comporte encore beaucoup trop d’inconnues. 

Quoi qu’il en soit, il faut s’attendre à une importante redistribution des cartes qui ne se fera pas sereinement et qui concerne également les débiteurs et les créanciers. Si l’inflation s’amorce, le puissant lobby des emprunteurs a tout à y gagner, car elle allège d’autant le poids réel de leurs remboursements. Ceux qui en souffriront seront donc les petits épargnants. Une fois de plus…

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Written by Alexandre LARREY

Curieux et passionné par les questions de géopolitique...

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