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MÉDIA COLLABORATIF : Après son lancement explosif, Blast risque t’il d’imploser?

Le vent souffle chez Blast…

En moins de trois mois, Blast lancé par Denis Robert, a récolté plus de 800 000€ de dons. La somme exacte est de 802 367€, apportés par 8542 donateurs, le 11 mars 2021 à la mi-journée.

Ce jeudi 11 mars, sur son compte facebook, le journaliste Maxime Renahy a donné les raisons qui l’ont poussé à démissionner de son poste de responsable de l’investigation chez Blast, début février.

Selon lui, un seul donateur a apporté à lui seul « 100 000 euros à la création du média », avec un engagement pour « 20 000 euros par mois pendant un an, sous forme de dons. Soit 340 000 euros pour commencer ». La mise initiale a été « tronçonnée en plusieurs dons » versés sur Kiss Kiss Bank Bank, plutôt que sous forme de parts sociales, « afin de garantir l’anonymat du donateur ». Maxime Renahy a rencontré ce dernier. Il s’agit du « principal donateur anonyme d’Anticor », l’association anticorruption présidée par « Élise Van Beneden, qui est également l’une des fondatrices de Blast ». Il a été « présenté à Denis Robert par Elise Van Beneden afin d’aider Blast ».

 Selon Causeur, s’agit d’Hervé Vinciguerra, un Français ayant fait fortune en revendant sa société d’édition de logiciels financiers Sophis pour 435 millions d’euros en 2010.

POURQUOI J’AI QUITTÉ BLAST (explications de Maxime Renahy)

Chères amies, chers amis,
Vous avez été nombreux à m’envoyer des messages de sympathie dans les jours suivant ma démission de BLAST. Je vous en remercie chaleureusement.
Certains d’entre vous me demandent aujourd’hui de fournir des explications sur la cause de mon départ de ce média, peu de temps après l’avoir cofondé.

Vous avez raison de me faire remarquer que mon annonce était laconique. J’ai effectivement eu des réticences à m’épancher sur les désaccords rencontrés au sein de Blast, ne souhaitant pas créer d’agitation sur les réseaux sociaux.
Votre demande m’a beaucoup questionné… Faut-il ou non évoquer de tels désaccords ? Faut-il évoquer notre incapacité à nous unir, alors même que le climat politique se dégrade de jour en jour ? Ne serait-ce pas faire le « jeu du pouvoir », comme on l’entend souvent ?
Je crois cependant que nous devons avoir la même exigence de transparence et de vérité vis-à-vis de nous-mêmes que celle que nous demandons à l’exécutif ou aux multinationales. Comment peut-on raisonnablement espérer un changement de société en recourant aux méthodes qu’utilisent ceux que nous critiquons.


Parce que je vous ai encouragés à soutenir Blast, je me dois de vous faire part ici d’un certain nombre de raisons ayant provoqué mon départ de ce média.
– Alors que Denis Robert se dit « garant de l’indépendance de Blast », j’ai constaté que les conditions de cette indépendance n’étaient absolument pas réunies.
Denis Robert a souhaité à plusieurs reprises que Blast, entreprise de presse solidaire, soit soutenue par le principal donateur anonyme d’Anticor. L’association anticorruption Anticor est présidée par Élise Van Beneden, qui est également l’une des fondatrices de Blast.

Ce donateur, qui a été présenté à Denis Robert par Elise Van Beneden afin d’aider Blast, a une grande partie de ses actifs dans les paradis fiscaux (Luxembourg, Singapour, Suisse). Il a fait fortune en créant un logiciel permettant aux fonds spéculatifs et aux fonds d’investissements – en somme la finance la plus agressive – d’être plus profitables à l’échelle internationale. Il a proposé à Blast de grosses sommes d’argent provenant du Luxembourg : 100 000 euros à la création du média sous forme de participations au capital, puis 20 000 euros par mois pendant un an, sous forme de dons. Soit 340 000 euros pour commencer.

Au cours d’une rencontre, ce « généreux philanthrope » nous a indiqué être un soutien d’Arnaud Montebourg pour l’élection présidentielle. Notons pour définir le périmètre du candidat Montebourg, qu’une de ses sociétés est partiellement détenue par un actionnaire luxembourgeois. Le mécène a précisé qu’il aimerait que nous investiguions sur Anne Hidalgo, rivale d’Arnaud Montebourg, ainsi que sur Patrick Drahi.

Il a également demandé que nous enquêtions sur la gestation pour autrui (GPA), à laquelle il paraissait très opposé. Denis Robert lui a par la suite proposé, en échange de son soutien financier, une réunion tous les quinze jours avec un membre de l’équipe de Blast, afin qu’il puisse suivre en primeur les enquêtes du « pôle investigation »… Ce travail d’information au donateur était supposé m’ échoir…

Dès que j’ai pu vérifier le pedigree et les motivations de ce donateur, je me suis fermement opposé à toute implication financière de sa part, convaincu que le soutien d’un tel financier, quel qu’en soit le montant et les modalités, a toujours des effets délétères sur le fonctionnement d’un média – ou de n’importe quelle entreprise – comme j’ai pu le constater dans mes enquêtes.
J’ai aussitôt fait part des informations dont je disposais à son sujet à l’ensemble de l’équipe de Blast, en présence de Denis Robert. Tous les membres de l’équipe, à l’exception de Denis, ont partagé mon avis, estimant à raison que ce mode de financement était totalement incompatible avec un appel aux dons citoyens.

Il y a eu quelques discussions fermes à ce sujet. Mais Denis est revenu à la charge, nous informant dans une seconde visioconférence qu’il avait demandé au donateur de faire transiter par un compte français l’argent luxembourgeois destiné à Blast. Et qu’une somme de 100 000 euros, tronçonnée en plusieurs dons, arriverait finalement sur Kiss kiss bank bank plutôt que sous forme de parts sociales afin de garantir l’anonymat du donateur.
– En outre, la modestie des ressources de nombreux donateurs ne me semblait pas prise en considération (certains sont au RSA, smicards, retraités précaires…). La SCIC me semblait garantir une décence dans les écarts de salaires au sein de l’entreprise. Ces écarts avaient été fixés de 1 à 3 par écrit dans les statuts que j’avais signés.

Cette décision a été remise en cause par une nouvelle proposition de Denis Robert afin de permettre un écart de rémunérations allant de 1 à 10. Cette délibération a été votée par neuf voix contre trois. Denis Robert a voté pour. Elle permettra au plus haut salaire de l’entreprise d’atteindre 14 000 euros nets par mois (estimation basse). Est-ce vraiment à l’image des valeurs que nous défendons ?
Cette décision suit de quelques jours seulement l’un de mes messages aux fondateurs dans lequel je demandais que les associés renoncent à toute distribution d’intérêt aux détenteurs de parts sociales, afin que les éventuels bénéfices réalisés par l’entreprise soient entièrement réinjectés dans la SCIC.

J’avais également demandé de retirer des dispositions statutaires qui auraient permis aux associés de réaliser une plus-value sur la revente de leurs parts après 5 ans. Est-ce pour compenser le fait de ne plus avoir de distribution d’intérêt, que deux jours plus tard Denis Robert proposait et faisait voter cette augmentation des plus hauts salaires ?
– J’ai par ailleurs ressenti de forts doutes quant au fait que l’investigation soit réellement la priorité de Blast. Les exigences de mon ex-employeur (formulées dans un contrat de travail qui me fut remis alors que la relation de travail était déjà entamée depuis trois semaines) m’auraient seulement permis de réaliser un travail de commentateur politique et non pas un travail d’investigation.

En tant que « responsable du pôle investigation » et seul salarié de ce prétendu pôle, il m’était en effet demandé de superviser les enquêtes de dix pigistes et de leur fournir des sujets. Tout cela à un rythme qui me paraissait effréné pour une seule personne et incompatible à mon sens avec un travail d’enquête sérieux. Je devais, parallèlement à ce travail, réaliser personnellement deux enquêtes vidéos par mois et écrire dix feuillets.
Si j’ai toujours été prêt à assumer avec plaisir d’importantes charges de travail, je reste néanmoins convaincu que le temps de l’investigation ne peut en aucun cas être subordonné à de telles exigences. Aucune des enquêtes ayant fait naître ma vocation journalistique (notamment celle du Boston Globe sur la pédophilie dans l’église, brillamment racontée dans le film « Spotlight ») n’aurait été possible si elle avait été soumise de manière aussi excessive à la pression de la périodicité et à un tel manque de moyens humains.

Voilà en conclusion la situation pour le moins étonnante à laquelle j’ai été confrontée.
Je me sentais très engagé dans la création de ce média. J’y avais de bonnes relations avec l’équipe, un salaire confortable de 2500 euros net fois treize mois, en CDI, et la certitude de participer activement à un média libre, novateur et indépendant. Ne me reste que la certitude d’y avoir vu se perpétuer l’ancien monde.
J’ai tenté la conciliation à de nombreuses reprises mais Denis Robert percevait mes remarques comme d’agaçants « ultimatums ». Il m’a donc fallu prendre acte de ces divergences trop importantes.
Il est attristant de constater de telles manœuvres dans un média présenté comme indépendant. Si je les révèle aujourd’hui, c’est parce je suis convaincu que la crise écologique, morale, sociale et économique ne pourra être surmontée qu’en mettant justement fin à ces pratiques, d’où qu’elles viennent. Je poursuivrai mes investigations et partagerai mes méthodes d’enquête par d’autres moyens.
A bientôt,
Maxime Renahy
Besançon le 11 mars 2021 (Source)

COMMUNIQUÉ DE L’ÉQUIPE DE BLAST

Nous avons eu connaissance du courrier de Maxime Renahy qui a souhaité publier sur les réseaux sociaux les raisons de sa démission. Le coup est dur pour ses compagnons de route, qui l’ont toujours soutenu et qui travaillent d’arrache-pied à la création de Blast, nouveau média libre et indépendant.

Quel est le fait principal énoncé par Maxime Renahy ? Un mécène a proposé de donner une somme de 300 000€ à Blast en décembre 2020. L’équipe des membres fondateurs a décidé collectivement de refuser cette somme.
Le contexte est le suivant : Anticor avait refusé ses dons, que l’association jugeait trop élevés pour garantir son indépendance. Blast créait une cellule d’investigation anti-corruption que ce donateur a souhaité financer afin de permettre des enquêtes sur les réseaux de trafic d’influence, de favoritisme et clientélisme. Il a déjeuné avec Denis Robert et Maxime Renahy.

A la suite de ce déjeuner, à la demande de Denis Robert, Maxime Renahy a longuement discuté avec ce mécène qui lui a ouvertement parlé de ses affaires et de ses activités en France, à Luxembourg, en Asie.
Au lendemain de cette conversation téléphonique, une réunion de tous les fondateurs de Blast a été organisée pour faire le point sur ce mécène. Maxime Renahy nous a fait part de sa conversation et des éléments qui lui ont été confiés par la personne qu’il dénonce.

Lors de cette réunion, les fondateurs de Blast ont refusé l’offre de mécénat compte tenu des soupçons d’activités d’optimisation fiscale du donateur avancés par Maxime Renahy. C’est une décision qui a été prise collectivement. Elle n’est pas le seul fait de Maxime Renahy.
Il est faux de dire que Maxime a démissionné pour cette raison. Au contraire, il a demandé à être embauché par Blast après avoir enquêté sur cette personne.

Suite à notre refus, ce donateur a fait deux contributions de 10 000 euros sur notre campagne de financement au début du mois de janvier 2021. Ces deux contributions (dons) qui ne sont pas anonymes, sont visibles de tous les contributeurs. Elles ont été acceptées par KissKissBankBank comme celles des 8000 contributeurs à cette campagne.
Maxime Renahy n’a jamais évoqué le moindre problème quant à ces deux contributions, bien au contraire, il a demandé à être embauché par Blast au 1er février 2021. Ce qui a été fait au salaire mensuel de 3 060,94 euros brut demandé par ce dernier et payé sur 13 mois, conformément à la convention collective des journalistes.

Il a également conditionné son embauche à celle d’un(e) assistant(e) pour l’aider à la rédaction de ses enquêtes. Cette demande de Maxime Renahy a été acceptée et le coût additionnel de l’embauche de cette personne a été provisionné dès le mois d’avril 2021. A toutes ses exigences, nous avons répondu positivement.

Nous ne comprenons pas l’attitude de Maxime Renahy alors qu’aucun fait nouveau depuis le refus de cette prise de participation par les fondateurs de Blast en décembre 2020 n’est venu changer la donne. Quelques jours avant l’annonce de sa démission, le 24 février dernier, il négociait encore son salaire.

D’ailleurs, il est important de rappeler à Maxime Renahy qu’à Blast l’écart des rémunérations entre le plus haut et le plus bas salaire est inférieur à 3.
Pourquoi avoir demandé à être embauché à Blast, avoir été salarié de Blast si ces faits, qu’il connaissait antérieurement, étaient pour lui si problématiques ?
Pendant toute cette période, il s’est présenté comme co-fondateur de Blast sur les réseaux sociaux et a continué à se prévaloir d’avoir participé à la création de ce média libre et indépendant. Pendant toute cette période, il a bénéficié de la confiance et du soutien de toute l’équipe de Blast.

L’équipe de Blast est donc en droit de s’étonner du timing de son départ ainsi que de la mise en scène de celui-ci.
L’équipe de Blast (Source)

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