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Les banques européennes vont mal.

Les autorités financières de l’Union européenne affichent un optimisme de façade, se félicitant que les établissements soient entrés solides dans la crise mais les experts sont beaucoup plus sceptiques…

Les autorités financières de l’Union européenne affichent un optimisme de façade, se félicitant que les établissements soient entrés solides dans la crise mais les experts sont beaucoup plus sceptiques et redoutent l’explosion des créances douteuses, ces prêts que les emprunteurs peinent à rembourser, et dont l’accumulation pèse sur les banques au point de freiner leur capacité à proposer des crédits.

La France se range résolument dans le camp de ceux qui voient le verre à moitié plein. Selon le traditionnel principe de….la méthode Coué ! « La crise actuelle n’évoluera pas en une crise bancaire, aujourd’hui nous n’avons pas d’inquiétude », indique ainsi Emmanuel Moulin, le nouveau directeur du Trésor. « Nous suivons l’évolution des créances douteuses dans les banques françaises, et il n’y a pas de sujet à ce stade. Les banques ont contribué à soutenir l’économie ces derniers mois, en distribuant les prêts garantis par l’Etat. Elles ont très bien joué le jeu », se félicite-t-il. Certes. Mais les banques françaises sont tributaires des banques de l’UE dont beaucoup ne vont pas bien du tout. En particulier en Italie.

Au printemps, la Banque centrale européenne (BCE) avait ordonné aux 117 plus grandes banques de la zone euro placées sous son autorité de cesser de distribuer des dividendes, afin de constituer des réserves supplémentaires face à la crise. « La capacité de résistance des institutions financières à des chocs très importants, qu’illustre leur situation à la fin de l’année 2020 » permet « maintenant (…) une ouverture prudente vers une distribution », a déclaré M. Villeroy de Galhau, le 27 novembre.

Une confiance que le superviseur des plus grandes banques européennes ne partage pas entièrement. Andrea Enria, le président du conseil de surveillance prudentielle de la BCE, a écrit, lundi 26 octobre, une tribune dans le Financial Times, titrée « L’Union européenne a besoin d’une “bad bank” régionale » , c’est-à-dire d’une structure de défaisance où les banques pourront transférer leurs créances douteuses.

« La Banque centrale européenne estime que, dans un scénario grave mais plausible, les prêts douteux des banques de la zone euro pourraient atteindre 1 400 milliards d’euros, bien au-dessus des niveaux des crises financières de 2008 et 2011 de la dette souveraine de l’UE », y écrit M. Enria. Regrettant que l’Europe n’ait pas, après ces crises, réussi à se consolider « pour éliminer les capacités excédentaires », il constate que « le résultat aujourd’hui est un secteur bancaire européen fragile, avec des valorisations boursières très basses ». Or, il est clair que M. Enria ne nous raconte pas de balivernes.

D’ailleurs, cet article n’est pas passé inaperçu parmi les dirigeants de banques. « Il n’est pas dans la mission du superviseur de pousser publiquement ce genre d’idée, il outrepasse le règlement, car une “bad bank”, cela s’appelle une aide d’Etat, c’est donc à la Commission et au Parlement européen de s’en occuper s’agace, vexé, le patron d’une grande banque française. En vérité, tout le système bancaire européen n’est pas identique, il y a des éléments robustes et d’autres plus fragiles. » C’est précisément ce que nous affirmons.

Dans cette seconde catégorie se range la banque publique italienne Banca Monte dei Paschi, sauvée (provisoirement) par l’Etat italien en 2017 ((Lire « Banques italiennes, rien ne va plus ».

Mi-novembre, elle a annoncé qu’une analyse récente de ses réserves de capital laissait à nouveau présager un manque de fonds propres. Le gouvernement italien lui cherche actuellement un acquéreur et, selon des sources concordantes, UniCredit, le numéro deux bancaire italien, ferait figure de repreneur idéal. Nous verrons bien…

Mais au-delà, « en Europe, un certain nombre de banques de dépôt ont déjà vendu les bijoux de famille lors de la crise précédente et n’ont donc plus d’activités diversifiées pour contrebalancer l’effet des taux d’intérêt très bas. Elles n’ont pas de rentabilité, un médiocre bilan et n’ont pas forcément la capacité de lever du capital sur les marchés », avance encore ce banquier parisien, évoquant le cas de caisses d’épargne allemandes, ou d’établissements en quête de fusions en Espagne et en Italie, comme Banco BPM, qui a annoncé en interne, mercredi 2 décembre, un plan de 1 500 départs volontaires.

« Andrea Enria veut une “bad bank”, décrypte-t-il, pour éviter de se retrouver, dans un an ou dix-huit mois, avec des banques zombies », ces établissements qui continuent de prétendre que leurs actifs sont sains, quand ils ne le sont pas. Combien l’Europe compte-t-elle de ces institutions ? « Il n’est pas facile de savoir quand on est face à une banque zombie », souligne Nicolas Véron, économiste du centre de réflexion européen Bruegel et au Peterson Institute.

« Car il s’agit d’une banque qui n’a pas assez de capital pour reconnaître ses pertes : elle ne prend pas les écritures comptables qui le lui permettraient. Le reporting financier n’est pas toujours conforme aux pratiques les plus rigoureuses », poursuit-il. Selon une source européenne, près d’un quart des banques en Europe pourraient ne pas être viables. Depuis qu’il a pris la responsabilité de la surveillance du secteur bancaire au sein de la BCE, Andrea Enria aurait, selon une source proche du superviseur, « donné un coup de pied dans la fourmilière », notamment en poussant avec conviction à la consolidation du secteur bancaire en Europe.

En pesant sur la rentabilité des banques, la crise provoquée par le coronavirus crée des opportunités de fusions, comme en témoignent, cet été, l’acquisition par la première banque italienne, Intesa Sanpaolo, de sa rivale UBI Banca, ou, en Espagne, le rachat par la puissante caisse d’épargne espagnole CaixaBank de sa concurrente Bankia, contrôlée par l’Etat depuis son sauvetage, en 2012.

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