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l’agglo Hérault Méditerranée risque t’elle de financer la corruption au Sénégal ?

L’agglo Hérault Méditerranée est actuellement en train d’organiser le financement d’un projet d’assainissement au Sénégal. Cette semaine, une personne chargée du dossier est allée en Afrique pour rencontrer les élus locaux et plus particulièrement Abdoulaye Baldé, le maire de Zinguinchor accusé dans plusieurs dossiers de corruption et de détournements de fonds publics dans son Pays…

Au nom de la solidarité

Ce mercredi, dans le cadre d’un projet de financement de coopération internationale, de l’eau et de l’assainissement, Mme Raffaella VIMONT-VICARY, (Chargée de Mission de la Direction Générale des Services à la Mairie d’Agde – Communauté d’Agglomération Hérault-Méditerranée) s’est rendu au Sénégal, plus exactement dans la commune de Ziguinchor.

Concrètement il s’agit de poursuivre le protocole d’intention de coopération décentralisé dans le domaine de l’eau et l’assainissement avec la commune de Ziguinchor, située au Sénégal.

Ce partenariat piloté par l’agglo Hérault Méditerranée porte sur l’accès à l’eau potable et à l’assainissement. Il faut savoir que depuis 2005, la France a mis en place un dispositif législatif qui donne la possibilité aux villes, à leurs groupements et syndicats de consacrer jusqu’à 1 % de leurs budgets de l’eau et de l’assainissement à des actions de solidarité.

Si vouloir donner de l’argent public pour permettre l’accessibilité de l’eau potable à tous est légitime, se pose tout de même la question de savoir à qui…

Selon la Communauté d’Agglomération Hérault Méditerranée la commune urbaine de Ziguinchor composée de 290 000 habitants, située au sud du Sénégal, sollicite l’appui de la CAHM pour des projets d’accès à l’eau potable et à l’assainissement concernant un périmètre ciblant 9000 habitants.

L’Agence de l’Eau envisage son engagement technique et financier sur cette coopération internationale en apportant 30% du coût HT des travaux et 70% du coût HT des études si elles sont nécessaires. Le budget prévisionnel du projet global est estimé à 1,8 M € HT. Il est proposé un protocole d’intention de coopération décentralisée entre la CAHM et la Commune de Ziguinchor (via la plateforme Fast-Elus). Chaque projet fera ensuite l’objet d’une convention spécifique, précisant les modalités administratives, techniques et financières de chaque partenaire. Précise la CAHM.

En déplacement au Sénégal cette semaine, Mme Raffaella VIMONT-VICARY, Chargée de Mission (Mairie d’Agde – Communauté d’Agglomération Hérault-Méditerranée) est donc allé à la rencontre de Abdoulaye Baldé comme l’indique le maire de Ziguinchor sur son compte facebook :

« J’ai reçu ce matin Mme Raffaella VIMONT-VICARY, Chargée de Mission de la Direction Générale des Services à la Mairie d’Agde – Communauté d’Agglomération Hérault-Méditerranée dans le cadre de sa visite à Ziguinchor pour la mise en œuvre du projet d’assainissement que la ville de ziguinchor a avec cette ville de la France.
Ce projet concernera les quartier de Coboda, Keinia, Kandialang Alwar Belfort. »

Un projet financé sur fond de corruption et de détournement de fonds publics

L’actuel maire de Zinguichor était un proche de l’ex ministre Karim Wade fils de l’ancien président Abdoulaye Wade et qui a été inculpé pour corruption et pour un détournement de fond de plus d’un milliard d’Euros.

La justice l’accusait d’avoir pris des parts dans de vastes secteurs de l’économie, dont des sociétés exploitant le port de Dakar, fournissant des services à l’actuel aéroport de la capitale ou construisant un second aéroport dans les environs de la ville. Selon la justice, Karim Wade est lié à ces entreprises via un réseau complexe de sociétés offshore basées notamment au Luxembourg, au Panama et dans les Îles vierges.

Karim Wade s’est exilé au Qatar depuis 2016 après sa sortie de prison puisque gracié par le président Macky Sall qui est au pouvoir depuis la chute de son père.

Sous le règne de la famille Wade, Abdoulaye Baldé, le maire de Ziguinchor a été secrétaire général de la présidence de la République, ministre de la Défense, ministre des Mines, ministre de l’Industrie. Il a aussi été directeur exécutif de l’ANOCI, l’Agence nationale pour l’organisation de la conférence islamique dissoute en juillet 2009, dont les malversations étaient plus que douteuses comme on peut le lire dans l’article de l’Obs .

Les deux amis sont depuis longtemps déjà accusés de corruption et de détournement d’argent public au Sénégal.

En 2014, Abdoulaye Baldé (ex-candidat aux élections présidentielle du Sénégal qu’il a perdu en février 2019), est interrogé par la Cour de répression de l’enrichissement illicite car cette dernière a des doutes concernant l’origine de son patrimoine personnel (estimé à environ 7 millions d’euros.)

La Crei (juridiction Sénégalaise mise en place pour lutter contre le détournement de deniers publics) avait convoqué le maire de Ziguinchor pour justifier ses biens immobiliers, une société d’assainissement au nom de son cousin, ses avoirs sur trois comptes bancaires et ses voitures.

Puis en 2017, lui est sa femme sont auditionnés, suite aux conclusions de l’expert Alboury Ndao. Son épouse est accusée de délit de recel pour le même montant. Abdoulaye Baldé n’avait pas été placé sous mandat de dépôt comme Karim Wade accusés de corruption, mais placé sous contrôle judiciaire, tout comme son épouse.

Interrogé dernièrement par la presse locale, le maire de Ziguinchor réfute ces accusations et souhaite d’ailleurs que la CREI soit supprimée :

« La Cour de répression de l’enrichissement illicite (Crei) ne doit pas, à mon sens, exister dans un pays moderne. Je considère que toutes les décisions qu’elle a rendues ne sont pas conformes au droit. C’est pourquoi cette juridiction doit être supprimée parce que qu’on ne peut pas créer une juridiction qui bafoue tous les droits. Moi, je ne peux pas reconnaître une telle juridiction » a expliqué Abdoulaye Baldé au micro de PressAfriK en novembre 2019.

Selon PressAfrik, cette juridiction spéciale a été créé il y a trente ans, la Cour de répression de l’enrichissement illicite (CREI) est devenue, depuis quelques temps au Sénégal, l’objet de toutes les polémiques. Elle avait été réactivée par le président Macky Sall pour demander des comptes à certains poids lourds du régime Wade quant à l’origine de leur patrimoine.

Scandale à la mairie de Ziguinchor en septembre 2019.

A la fin de l’été dernier, un scandale a éclaté à la mairie de Ziguinchor. Selon le média Seneweb des collaborateurs d’Abdoulaye Baldé ont été envoyer en prison dont le responsable de la division des recettes et de la fiscalité. D’après leurs informations, les deux employés de la mairie sont poursuivis pour concussion, corruption, faux et usage de faux et association de malfaiteurs.

A la suite de ce scandale qui a défrayé la chronique dans le Sénégal, le maire Abdoulaye Baldé s’est prononcé sur cette affaire en se lavant à grande eau et semant le doute sur l’innocence des prévenus. Toujours d’après le média Sénéweb, beaucoup de monde était au courant des ces agissement, dont le maire de Ziguinchor, et personne ne les aurait dénoncés jusqu’aux révélations par la presse.

A ce jour et depuis que l’ex-candidat à la dernière présidentielle a soutenu son rival Macky Sall qui a été réélu président du Sénégal, Abdoulaye Baldé est désormais président de la commission de l’Energie et des ressources minérales.

Ce dernier vient d’ailleurs d’annoncer le droit d’accès des tiers aux infrastructures gazières ; la participation du secteur privé national et étranger sous la supervision d’un régulateur chargé de garantir l’approvisionnement du marché en gaz et comme il aime bien que les choses soient « carrées », il va lui même se charger du nouveau code gazier qui déterminera les prochaines règles en matière de régime des licences et concessions, de modalités d’exercice des activités intermédiaires et aval gazier, de tarification, de réglementation des servitudes relatives aux installations de transport et de distribution de gaz, de régime fiscal et douanier (…).

Dans le cadre des projets d’exploitation du gaz et du pétrole, Abdoulaye Baldé a aussi annoncé l’avenir des sociétés  nationales de gestion de l’électricité et du pétrole que sont la SENELEC et PETROSEN.

En bref, un personnage influent et dont le parcours ne ressemble pas à celui d’un socialo.

Alors, j’en viens à me poser la question suivante. Comment peut-on, avec l’argent des contribuables locaux, prendre le risque de participer au financement d’un projet proposé par une personne sur qui pèse de si nombreux soupçons de corruptions et de détournements de fonds ?

Ou bien plus précisément, quel est l’intérêt d’une telle manœuvre ?

Ah oui, j’allais oublier, une précision en ce qui concerne les affaires citées précédemment :  elles sont pour le moment en sommeil…

 

Abdoulaye Baldé et Mme Raffaella VIMONT-VICARY, à Ziguinchor le 22 janvier 2020 (capture d’écran facebook)

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Written by Alexandre LARREY

Curieux et passionné par les questions de géopolitique...

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